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Glisse, s’immisce par l’interstice. Rayon de lune. Ce soir, ce matin, ce jour c’est le droit chemin vers l’hospice. La valise s’enlise. Les chaussures grises. Le geste lent, la pensée indécise.
La sonnette retentit. Il est l’heure. Mais il est tétanisé. Son corps est lourd. Plomb. Le choix ne lui appartient plus. Il sait qu’il doit abandonner sa vie ses souvenirs cette maison de bois. Comme s’échapper ? Le temps s’écoule, mou. Au creux de son ventre, flou. Bouillie indigeste, gastrique. L’acide ronge ses nerfs à vif.
La sonnette ! Au nom du Père et du Saint Esprit !
Il ouvre.
Deux hommes habillés de bleu sourient. Aimables, le sourire accroché à leurs yeux menteurs. Il a peur. Est-ce l’heure ? Un pas et le voilà hors de lui. Sa maison, petite forme ridicule derrière son dos. Il se voudrait chauve-souris, voler de ses propres ailes, traverser l’ennui au radar. Eviter les regards et les corbillards. I sent déjà la Mort. Elle rôde. Vieux Condor qui plane au dessus de son âme.
Dans la voiture, il est muet aux questions posées. Ils l’oublient donc. Triste vieux solitaire. C’est l’asphyxie. Il joue à colin-maillard avec la Faucheuse. Foulard minuscule. 1, 2, 3 ! et voilà ! Il est là, cueilli dans cette auto. Fini. Attrape ta faux, droit vers l’échafaud.
Les deux types piaillent fort. Musique Highway to Hell. Rictus. Le chemin vers Quoi est pavé d’humour, il est né sur les premières notes de Stairway to Heaven…
Ils se retournent enfin, pantins dans leur pyjama azur. Le ciel est sombre, matinée délavée. Il est assis, l’œil vitreux et vide. Chrysalide dépouillée. La clepsydre s’est tue. Le corps effondré sur la banquette arrière. La bave aux lèvres gercées. Parchemin fané. Ils ne s’étonnent plus. Ce n’est pas al première fois que les anciens s’écroulent sur le parcours. Blasés, ils sont.
Pendant ce… tant va la vie !
Il n’est plus seul. Tunnel fluor pour rejoindre sa moitié. Jamais oubliées. Trop longues années sans elle. Droit devant, là, glousse doucement celle qui a pimenté ses songes, ses désirs, ses envies d’aujourd’hui. Il s’avance, attiré comme l’amant. Fluide glacé. Ses rides s’accentuent. Il ne comprend pas. C’était l’évidence. L’amor à vie. Comme dans les livres, les films, les histoires d’A. Absence. Ferme les yeux.
Elle est toujours là. Evanescence sans importance maintenant. Elle n’est plus seule. Un homme sans âge l’enlace de sa mâle attitude. Gonflé d’orgueil. Ça le dérange. Ils sont heureux. Il se détourne. L’incompréhension en lettres profondes au fond de ses yeux, puits sans limite, chute libre. Enfer ? Purgatoire ? Paradis ? Il s’hélium pour fuit ce post-scriptum inattendu. Penaud, vermisseau sans pensées. Sa fin aussi bouleversée qu’un Picasso.
Alors, au bord d’une seconde agonie, il s’en retourne le cœur lourd. Voyage organisé sans retour. La voix sans discours. Se diluer. Gravir les remparts de l’oubli, s’enivrer de ce rien qui l’appelle. Et naître à nouveau, bambin éphémère dans l’absolue du vide.

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