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Danse immobile
Jeudi, 05 Mars 2009 11:13

Elle se balance. De droite à gauche. Sur un pied puis sur l’autre. Elle hésite. Son regard se perd dans l’immensité bleue de la mer. De petites franges d’écume bordent le sable, noir à cet endroit. Spectacle insolite et mystérieux. Dans son dos se balancent aussi les ramures des cocotiers. Alizés. Ciel doré.

Le soir approche. Petits pas. On ne l’entend pas venir, si doucement. Elle est toujours là. Une journée entière qu’elle se berce de tout son corps. Les mains s’agitent mollement. Comme une poupée désarticulée et perdue sous le vent. Elle est calme pourtant.

Son enfant mort paisiblement sur le sol. Recouvert de palmes, il ne craint plus le temps qui passe. Son estomac ne réclamera plus de nourriture ni son petit corps de câlins douillets. Absent. Les cheveux fins flottent avec grâce. Son regard se perd, immobile. Il a vu défiler la haine de sa mère, l’espace d’une seconde. Il n’a pas comprit. Quatre belles années à croquer. Son avenir s’en est allé au gré de la colère de sa maman.


Elle se retourne enfin. Couve son ange roux du regard et semble comprendre. Son regard se voile et des torrents de larmes baignent son visage. A genoux, tout à coup, le poids du courroux ! Un cri déchire l’air, comme un poignard qui tranche. Prière muette d’abandon. Ça fait mal. Ça trachée qui brûle. Ça sang qui se fige.

Elle se penche. Vierge attentionnée. Arrondie de ses bras autour du bambin. Elle veille. Dame en deuil. Son Amour, elle cueille. L’âme cercueil. Assise dans le creux de la nuit, elle se balance. De droite à gauche. Sur une pensée puis une autre. Elle hésite.

Accablée de chagrin, l’aube la butine maladroite et froide. Le soleil se devine, point rouge à l’horizon. Frêle silhouette portant son enfant, elle se lève et marche vers l’océan. Les vagues sont fraiches mais l’eau est douce. L’onde à mi-taille, elle sourit. Son esprit en paix son chérubin déjà secret. Puis c’est la fin. Ce n’est que ça, la fin. Deux corps sous la houle, en équilibre, la vie qui se tait sous les arbres. Les algues s’agglutinent lentement autour de ses pieds. Danse immobile. Le cœur se meurt.

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