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Il était là, le long de la route. Seul, un sac à ses pieds, ses doutes dans la paume de ses mains. Debout sur l’herbe, il regardait l’asphalte : gris et vulnérable, le dos offert au martèlement des pneus, les bas-côtés aux errements des aveux. Le ciel pleuvait de grosses gouttes tristes. Des larmes de suie. Son reflet se perdait dans ce lointain, cet incertain, ce paysage noyé sous le temps d’airain. Ses pas caressaient les évidences goudronnées, il tournait et retournait comme une pendule aux aiguilles folles. Il oubliait la course du temps.
Un moment il se revoit là, pschitt, près de moi, le corps en émois. Il respire mon parfum au creux de son cou. Si doux. Petite bulle de soie. Nous étions heureux dans cette petite chambre bleue. Des dentelles, un papier peint à fleurs et un lit à baldaquin. Lui, moi, nos joies et nos ébats. Nos sexes qui s’entrechoquent, nos voix qui se chuchotent. Murmures d’une autre époque. Les rideaux cachent nos danses, presqu’aquatiques, nos jeux authentiques. Moustiques ! On se picore, on se suce, on se dévore. Alcôve secrète ignorée des avides regards extérieurs. Abbaye blottie au creux de nous.
Nos promesses s’élèvent haut dans les cieux, limpides et clairs. Nos mains se tressent sur nos mots d’amour. Emprisonnés dans nos corps à l’abandon, nos âmes communient en silence. Amants infinis dissimulés aux yeux des gens. Il suit de son doigt la courbure de mes seins, l’arrondie de mes hanches, le creux de mon nombril, la naissance de mon cou, la douceur de mes cheveux, l’agilité de mon pied. Amoureux jusqu’à la lie, ivrogne de ma peau, enivré de mes chairs humides et douces. Boit à ma coupe, s’épanche à mon calice. Déesse de nos chairs qui se donnent sans relâche. Frissons. Poison. Nos voix à l’unisson.
Nuages de souvenirs qui se perdent dans la cime des arbres. Je suis morte, candélabres, ce fut hier. Parterres de fleurs et silhouettes noires. Pleurs et douleurs pour ma mise ne terre. Il m’accompagnait en ma dernière demeure. Plus d’heures. Elles se sont tues.
Il était là, le long de la route. Trempé comme un nénuphar sur sa mare. Les racines dans la boue. La moue sur son visage. A bout d’éclair. Comme une hachure de l’âme, la zébrure est entrée par la pensée est repartie par les pieds. Comble de la rapidité. Tas de cendres qui fument. Braises encore incandescentes, il rejoint l’enfer, se soulève, voile anthracite. Destinée brûlante pour souvenances torrides.
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