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Il est tôt, le soleil se lève à peine et laisse de grandes traînées mauves sur le ciel. Les paupières sont à peine entrouvertes. Les gestes un peu lents. Le sourire figé par le froid. On se Pôle Nord. Pourtant, tout le monde est là. Au rendez-vous. Au garde à vous. L’écharpe autour du cou. Les petites menottes accrochent les grandes mains plissées et glacées. Les doudounes et les bottes fourrées sont de saison.
Sous le manteau de nos vies, le cœur s’ébat sagement. La foule se presse. Vu du ciel, c’est une tache d’huile qui se répand. Bleu, rouge, jaune. Noir, blanc, vert. L’arc en ciel zigzag entre les pas qui s’agitent.
1, 2, 3 prêts ? Partez !
Et voilà que les grilles de l’école s’ouvrent. Comme un ras de marée qui balaye tout sur son passage, les vagues humaines déferlent. Cohue. Désordre. Crue. Fleuve endiablé qui se dilate aux quatre coins de la cour. Les cris hauts et forts zèbrent l’espace. Le sonore s’enrichit de roulettes de cartables que l’on roule. Les bouts de chou manifestent. L’asphalte s’insolite de ce spectacle irréel. Suspension. Asphodèle. Champ de fleurs coupé qui se ravage de ces pas interdit. Les enfants sont des Attila ! Sommes-nous Panurge ou brebis égarées ?
S’engouffrer entre les murs. Jouer les « passe-muraille » d’un matin. Franchir les armures. Il faut s’activer, encore. Oter manteau, bonnet, moufles. Se déchausser et se rechausser de ballerines. Gros câlin contre maman. Gros bisou à la maitresse. Volte-face. Un peu désemparé. Un peu seul. Un peu pressé. La dépose du petit ange est terminée. Il faut passer à autre chose. Vite. Ne pas se retourner. Vite. Séquence cinéma : clap de fin. Vite.
Terminé la vie avec bébé. Une autre existence prend forme : la votre. Ce soir le manège reprendra forme. Tourne encore et encore. Ritournelle bien huilée, engrenages bien graissés, poulies bien réglées. Ainsi va la vie ainsi va sa vie. Séparation, retrouvailles. Quelle séquelle s’imprimera sur le cœur de nos enfants ? L’envie de nous quitter, un jour ?
Je me vêts de tendresse pour ce bout de chair qui se veuf de moi durant une journée. Café fort qui chassera mon vert-de-gris à l’âme. Je t’aime, à ce soir.
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Je n'ai pas eu si souvent l'occasion d'emmener mes enfants à l'école maternelle (travail oblige) mais les rares fois où je l'ai fait cela prenait une dimension forte, comme tu viens de le décrire...