Humeur
Cabinet médical
Écrit par Nath   
07-04-2008
Petits carreaux blancs. Bottines noires. Tap tap tap. Bruit de mes talons. Lieu froid. Etrange. Rêveries Sahara. Les murs s’embarrassent de visages défaits. D’atchoum ou de toux grasses. Cabinet médical. Mon angine pas toute à faite soignée, les microbes prolifèrent. Que d’heures à attendre le rendez-vous !

J’observe les kids qui lisent sagement. Ceux qui Lego ou puzzle. Et ces bébés emmitouflés tendrement bercés. Petits sièges en osier pour accueillir minuscules fessiers encombrés de voitures ou de livres aux mots doux.

J’observe aussi les gens. Pressés. Angoissés. Abandonnés à l’attente. Jambes croisées. Emmêlées. Décroisées. Sur le même pied d’égalité. A pas feutrés. Une porte s’ouvre et un corps se lève. Un quart d’heure. C’est règlementaire. Expédié, le rhume. Médicamenté, la dépression. Examinés, les résultats d’analyse. Journée finalement identique à tous les docteurs des cœurs, des âmes, des corps.

Est-ce bien ce destin auquel ils aspiraient ? Médecin de campagne versus médecin de ville. Le quotidien s’emballe et se déballe au rythme des consultations. Souffrance étalée sur les ordonnances. Larmes d’angoisse. Sont-ils une nouvelle race de chevaliers qui sauvent les Humains dans leur croisade ? Soigner à coup d’antidotes ou d’oreille tendue ? Patients entortillés de convulsions émotions. Qui croient-ils consulter ?

Mais je m’interroge et voilà qu’on appelle mon nom. Je relève la tête, la plume en suspend au dessus de mon moleskine noir et…
 
 
 
Foetus
Écrit par Nath   
03-04-2008
Il est des jours où, je ne sais pourquoi, le temps s’enlace à moi. Inexorablement. C’est ainsi que je suis. Bercée par ces affres ou ces pitiés. Tantôt chaud. Tantôt froid. Nuages qui dansent ou soleil qui berce.

Quand la pluie d’amoncelle au dessus de mes pensées, je m’éparpille. Me dilue. Me fonds en sucre d’orge. Me fœtus à la terre come un nouveau né. Ces jours-là, plus rien n’a d’importance.

Couchée. Allongée sur le sol. Absorbée. Ame qui s’amère de pleurs. Triste. Malade. Je ne vois plus ce qui m’entoure. Nouveau calque, remplir de gris, laisser l’opacité à 100%. M’emmitoufler de pensées vaines et lentes. Serpents qui coulent autour de mes ténèbres. Le ciel s’abat ! Torrents de gouttes. Déluge pour mots effacés. Transparente. Je choisis « Riders on the storm » pour dérouter ma peine. Rythme lancinant, guitares saturées. Je suis bien. Presque nue. Cordes à vif.
 
 

Le temps passe. Glisse sur mes chagrins diluviens. Poétesse éperdue au creux de son gouffre. Entre moi et l’infini désespoir. Je n’existe que dans votre inconscient. Ou votre présent. Demain ne sera plus. Peut-être. Je ne sais plus. Les flots de d’éther m’aspirent en volutes. Faim de lutte. La vie me chahute.  
 
Cartons !
Écrit par Nath   
02-04-2008
Cartons, cartons et re-cartons ! Par-dessus la tête. La maison croule sous le poids de nos souvenirs enveloppés dans de vieux journaux. Une annonce, une publicité, une photo jaunie et j’emballe mes tasses et bibelots. Pourtant, il ne me reste plus grand-chose.

Grand ménage quand nous sommes partis de la métropole. Grand ménage quand nous sommes partis des Antilles. Grand ménage tout court dans nos vies quand nous les avons quittées. Une à une. Ne plus s’unir aux pensées d’avant. Ne plus s’attacher au passé. Ne plus se raconter comme c’était, avant…

Nous sommes nus. Ou presque. L’essentiel nous lie. Mémoire neuve et pimentée pourtant. Pas facile de tout recommencer. Mais on y arrive. Pas à pas. A bout de bras. On ne regrette pas nos choix.
 
 

Alors je continue. Inlassablement. J’entasse petits tas de chiffons. De verre. De tableaux. De jouets. De draps. Toucher. Regarder. S’enivrer. Ce drap qui a vu nos ébats joyeux ou nos larmes de défaite parfois. Ces jouets qui amusent nos têtes blondes et rousses. Ces tableaux de mon enfance qui égayent les murs. Ces verres où l’on boit chaque jour comme à une coupe d’Amour. Graal. Ces chiffons qui nous habillent chaud l’hiver, frais l’été. Tout notre univers. Là. Entreposé sagement au pied de mes souvenances. Fragiles.

Une autre maison. Un autre lieu. Une autre vie. Encore et encore. Pour ne plus bouger cette fois-ci. S’ancrer comme un bateau à son dernier port. Pas la fin de l’histoire mais la fin des cartons. Oui. Voyager maintenant. Où ? Où le vent nous portera, sûrement. Marins aveugles, nous parcourrons goulûment l’infini.

Mais avant de partir, il nous faut créer notre cocon. Chrysalide qui deviendra papillon. Nous nous aimons.

Cartons, cartons et re-cartons ! Par-dessus notre faîte. Nous voici presque chez nous.
 
Edit à midi : Flannie me cite aujourd'hui ! Merci
 
bar tabac PMU
Écrit par Nath   
25-03-2008
Matin chocolat. Bien au chaud, au creux d’un village de ma campagne, je me bar/tabac/pmu. La glace forme givre sur les brins d’herbe et le bitume. Froid dehors, bouillant dedans. La fumée de ma tasse porcelaine blanche me chatouille les sens. Mousse praliné. Ambiance bruit, sourires et bises claquées. Bon enfant.

Ça entre, ça sort. Population bigarrée. Hommes versus femmes. La tôlière s’affaire. Je prends inspiration et glisse mots à mon moleskine peau noire. Je capture écharpes de phrases qui s’enroulent autour de mes pensées. Pêle-mêle. Journal déplié. Bonjour. Au revoir. Paquet de cigarettes, s’il vous plait ! Merci. Café. Copines, copains. Informations diverses. Relax joue à la radio. Me plonge années 80. Suivi de Rehab. Changement de cap, je m’Amy Winehouse et me jazz le cœur.

9 heures. Les mamans s’encanaillent après avoir déposé mini-clones dans la cour de l’école. Les papas ballon de foot sur match d’hier soir. Chien qui vient me dire bonjour. Truffe amie. Poils longs et noirs. Baguette de pain sous el bras, ça défilé d’épisodes.
 
 

Un vieux jukebox contre le mur brique se fait silence. Dommage. Pendant que De Palmas se perd sur sa route toute la sainte journée, je pose mon attention sur ces affiches collées vitres. C’est coloré. Périmé. Papier.

Contraste. Là-bas Antilles. Bar ouvert aux Alizées. Bateaux au port. Jidfwi. Short. Peaux noires et lisses. Ici porte close mais foyer chaleureux inside. Parkas plaisir. Boissons chaudes. Je m’amuse.

Tasse vide. Je m’essouffle. J’ai chaud. Plus envie de repartir, de bouger, de mentir. Radio bois patate comme on dit là-bas. Ragots comme on raconte ici. Sympathique parole qui m’entretient. Jeux de voix qui s’entrechoquent. De regards qui s’échangent. Ils s’apostrophent gaiement. Je respire leur joie d’être là. Amis. Relations. Intimité partagée.

L’heure tic-tac. Rejoindre ma caverne. Demain encore taverne ? Peut-être. Pénates douillettes. Tout ce monde m’entoure. Transparent parmi eux. Exercice difficile. Poussée par mon z’homme je me fonds dans la vie. La vraie. Envie de projets. Envie d’avancer. Envie de photos et de mots. Reportages à vivre. Affronter l’Humain. Le pourrais-je ? 
 
Songe éveillé
Écrit par Nath   
20-03-2008
Seule. Entourée de petites abeilles discrètes qui bruissent. Ruche. Je suis miel dans ma bulle. Le soleil déploie ses ailes dans un ciel myosotis et je suis là, plume en main. Lieu feutré, calme, apaisé. Couverts, assiette, verre. Tout est posé sagement à mes pieds. Je regarde ma solitude. Ne rien faire. Se laisser emporter par quelque songe. Bleu. Rouge. Vert. Jaune. Mes rêveries se parent de couleurs. Printemps. Bientôt. Renouveau. Tout est beau.

Au travers de la vitre j’aperçois sapin, jonquilles et lierre grimpant. Une marre sans canard. Des galets. L’ambiance est feng shui. Je tourne la tête. Vase transparent, sable orange, bougie qui se consume. Serein, étrange après-midi illuminé de poésie. Mes démons se taisent. Ma colère s’est endormie. Ma confiance pointe timidement le bout de son museau. Je me nuage blanc dans l’éther. Voyage volage. Plus de naufrages. Cœur à l’abandon. Je rejoins tes pensées les plus sauvages. Plage. Nul grillage. Là, sur le sable perle, nous glissons. Corps empreints de vie et d’envies. Nos mains se mélangent, nos bras s’enlacent, nos âmes communient autant que nos chairs. Je suis à toi. Aube nouvelle. Ebats d’amoureux. Pudeur à tout dévoiler. Seuls au monde. Que j’aime ces pensées volatiles et fragiles ! Quelques minutes encore. Laisse-moi retenir ton parfum au creux de mes mains, de mes cuisses, de mes seins. Laisse-moi encore m’envoûter de toi, de nos secrets, de tes joies.
 
 

Le temps s’étire doucement. Infini. Lente agonie. La clepsydre poursuit sa course. Délicatement. Plus rien n’a d’importance. Toi.

Seule mais pas esseulée. Enveloppée du battement de tes cils, je me fais papillon et rejoins mes néants. Assise-là, les restes de mon déjeuner déjà froids. Thé brûlant entre mes doigts. Sucre qui fond. Cristaux qui s’agitent. S’effritent. Je me fais gîte, abris caché au fond du jardin. Recueille mes émois en gouttes minuscules. Songe d’une journée de presqu’été. 
 
Passé non composé
Écrit par Nath   
19-03-2008
Le temps file. Défile. S’enfile comme un collier de perle. Une à une se glissent sur ma vie. Un évènement après l’autre. Tourne le cou et regarde ce passé. Enchaîné. Enlisé. Tout s’embrouille parfois. Bouillie difforme, porridge laiteux, je me chloroforme.

Je suis un chat qui se meurt puis renaît. 7 vies dit-on. Je me pop-corn de celle-ci à celle-là. Pattes de velours, je rebondis pour échapper à mon futur antérieur. Langue râpeuse sur l’histoire qui m’a vue naître. Je disparais en volutes pour mieux resurgir ici et maintenant. Naissance oubliée. Avec paresse je me confesse. Réduite en pièces.
 
 

J’ouvre les yeux sur aujourd’hui. Tu es là. Aube de ma vie. Epanouie. Ton sourire me retient à ce fil qui s’immobile pour toi. Ma presqu’île. Cloître enneigé sous lequel repose mon cœur. Je suis bien. Je suis coffre sur tes genoux. Attentive à la clef qui se tourne. Et me trouve, là. Sage à tes désirs. Je me coagule de plaisir. Ame offerte à ton écrin de plumes. Je me cachemire.

Je goûte enfin la joie le repos loin du trépas. Plus de mea culpa, je suis pour toi. A toi. En toi.

Merci d’être là. Annihiler le passé qui se décompose en lambeaux funeste. Mémoire oubliée, je me coule comme la rivière sur tes pieds un soir d’été. Enchantée. Nuages blancs à la dérive sur ce ciel désormais étoilé.

Je dépose mille fleurs bleutées poudrées sur ton autel, pour toi mon bienaimé. 
 
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