Humeur
Particule
Écrit par Nath   
17-06-2008
Une lumière. Une ombre. Une ligne. Un trait. Un point au milieu de l’univers. Voilà ce que je suis. Infinie et noyée. Au milieu de tout. De vous. De moi. Grain de sable à la dérive sur ta main de velours. Au bout de tes doigts je m’attache et respire. Enfin. Embruns frais et humides. Vagues de désir. Sentiment de calme. Eternité au creux de ta main.

Pendant que le monde bouge et tourne, je m’arrête. Net. Corps en statue. Je m’hypnotise de toi pour mieux m’ouvrir ensuite. Eponge sauvage mal taillée j’absorbe. J’accueille. Reçois les particules en mouvement qui m’entourent. Parfums enivrants ou effluves détestables. Je renifle tel un chien la truffe au vent. Nez granité et flair en éveil. Mes yeux se ferment. Mi-clos. S’entrouvrent à volonté sur couleurs et aquarelle qui bouge. Pépite immobile à l’abri des regards. Cachée sous ta peau, je fonds en larmes. Parfois. Trop de misère, de galères, de gens à terre. Planète interdite. Qui sont ces gens qui meurent ?
 
 

Vigie fatiguée de balayer mon regard, je m’aveugle honteusement à ce monde. Plus de famine. Plus de violence. Plus de nature que l’on égorge. Sous mon masque de cire, je reste dissimulée. Trop de soleil et mon déguisement se fond. Tout comme Icare je tombe. Tombe. Tombe. Vol prématuré et tué. Adieu pensées altruistes. Il faut vivre pour soi. Pourquoi ? 
 
En prévision...
Écrit par Nath   
05-06-2008
En prévision de l’hiver, du bois m’attends dehors. Il faut trier, ranger, empiler. Ca sent bon. Ecorces qui se détachent et voguent sur le gazon. Mer poétique. Une, deux, trois et hop, dans le tas. Ça grimpe ça se forme. Jolie montagne qui nous chauffera bientôt. Rondins presqu’égaux. Chêne. Hêtre. C’est dense et lourd.

En prévision de matins qui chantent, un bon pain. Façonner, pétrir, gonfler. C’est le rythme de la pâte qui se forme entre mes doigts. Levure, eau et farine. Ingrédients basiques pour délices sous les papilles. Ça sent bon là aussi.  La croûte dore dans le four. Chaud là encore. La mie sera douce et parfumée. Une envie de beurre salé et de crevettes. C’est tout bête. C’est tout quotidien ce pain.

En prévision des vacances, les valises se remplissent. Un sac. Puis deux. Maillot de bain, pull. Paradoxe du temps qui s’accroche à l’hiver. Pas encore en été. Plages et sable froid. Bonheur d’être là entre nous. Repos.  Les vêtements glissent entre mes mains qui déposent, arrangent, casent le moindre espace.

En prévision de… de quoi déjà ? Moi qui ne prévois jamais, me voici à faire une liste détaillées de choses. Qu’importe après tout. Rien ne vaut les surprises, les variations, les écarts. Une destination à revoir. Un dessert en plus. Un câlin. Des pensées qui se dessinent au hasard des rencontres. Des photos noir et blanc pour couple en zigzag. Tout est non prévu. Ma vie ne s’aligne pas, elle serpente de droite à gauche. Sans destin tracé. J’aime cela. Que ferais-je demain ? Qui le sait ?
 
 
 
Parfois
Écrit par Nath   
04-06-2008
S’évader. S’envoler. S’étirer jusqu’à l’infini pour ne devenir plus rien. Un point. Un grain de sable au néant de l’infini. Caché. Oublié. Happé. Passé oublié. Dissimulé entre ces murs. Mon cœur ? Une prison qui s’enrobe de barbelés. Je m’étincelle qui brûle si on m’approche. Connaître la vérité de moi ? Jamais !

Clé unique qui ouvre porte. D’or et de souffrances. Seule une main la détient. La retient. La couve de chagrin. Souvenirs éteints. Le feu s’est consumé pour ne laisser que cendres. Tièdes. Je m’ensevelis de mots durs et tranchants. Ne plus ouvrir mes yeux ni mon âme à ce spectacle d’antan. Autrefois est enterré. Jadis ne renaîtra pas ses poussières.

Je ne suis pas Phénix. Et je me suffixe pour toi. Femme neuve à la peau calcinée. Petite fille désenchantée aux pensées noircies par le temps.
 
 

Parfois. Ne pas m’aimer. Reculer. Se sauver. S’enfuir loin de mes idées. Parfois Gorgone je suis souffle noir et meurtrier. Reculer lentement. Ne pas éveiller mes soupçons et fuir. Ne pas se retourner sinon Orphée imprimera sa morsure. Empreinte de feu sur tes chairs.
Parfois. M’adopter. Emprunter mon chemin et me tenir la main. Chevaucher à mes côtés. Effacé mais présent.  Je ne suis que paradoxes. Une petite équinoxe ?

Qui sait réellement qui je suis ? 
 
Malade
Écrit par Nath   
03-06-2008
A ton front, perlent gouttes. A ta gorge soupirent râles. Tes yeux pleurent de peine. Tu es souffrant. Ta voix se perd, caverneuse. Tu es feu et glace à tour de rôle. Angine certainement. Pauvre Amour ! Je n’aime pas te voir ainsi. Sans dessus dessous. Corps à la renverse et l’âme essoufflée. Tu es une ombre qui se dessine sur les murs de notre maison. Malade.

Bisous. Câlins. A genou. Tout pour que tu recouvres ta santé. Grog « maison ». Souvenir des Antilles : rhum, miel, citron vert. Un zeste de cannelle, de muscade, de tendresse. C’est chaud et c’est fort. Ça calme, ça cautérise, ça désinfecte ! Nuit à tourner, virer, expier. Un lendemain plus serein. Malade.
 
 

Il faut repartir. Torpédo. Boulot. Plus de bobo. Etre fier devant les autres. Patron. Collègues. Coup de fil. Tu es encore patraque. A fond de cale. Un effort. Sourire. Avancer. Travailler. Je t’envoie mille baisers. Ce soir sera réconfort. Entre mes bras le calme se fera. Aspirine et grog encore. Malade.

Deux jours d’errance. Deux jours d’absence. Le cœur se noie sous les microbes qui s’agitent. Mais demain ils seront vaincus. Adieu. A nous deux nous auront combattus pour chasser les intrus. Mascarade. 
 
Sous Bois
Écrit par Nath   
02-06-2008
Feuillage. Racines. Ecorce. L’oiseau chante. L’insecte crépite. Bruit en dessous. Bruit au dessus. Le soleil caresse la cime des arbres sans jamais percer le secret de la terre. Je suis là. Immobile au milieu de ce concert improvisé et si bien orchestré. Statue de sel aux yeux mi-clos. Enveloppée de nature et d’essentiel vrai bonheur.

Mes pieds s’enfoncent dans la boue. La pluie sillonne encore entre les ronces et les fourmis. Odeur d’humus. Le nez chante. Un vent léger m’infiltre. Silence en moi. Autour les chants ne cessent.

Au large les soucis, les colères, les complexes. Je me carapace de tortue pour mieux m’isoler. Minuscule chose au milieu des bois, j’entre en contact avec ma vie. Diables et anges sont loin. Je m’invente nouvelle destinée. Songe. Afrique. Revenir aux racines qui ont bercées mon enfance. Errance. Bulle d’absence. Ce pays résonne en moi de plus en plus fort. En parler. Tous les jours. En rêver. Malgré la chaleur et ce soleil qui assomme. Curieuse de tout et surtout de ce qui fut mes premières années. Magie ancestrale. Une blanche pour des noirs. Envie d’être parmi eux. D’aider. De vivre. D’apprécier. Une nouvelle vie pour Elle. Ma chair. Pour Lui. Mon z’homme. Pourquoi pas ?
 
 

Aurais-je un jour l’énergie de repartir. L’âge de raison sera-t-il encore là au moment de m’envoler vers ces contrées différentes et lointaines.

Je ne sais pas. Je m’autruche pour le moment. Dormir et se souvenir de ces jours qui sont à venir. Peut-être. Evaluer. Réfléchir. Partir. S’aimer.

Retour d’entre ces branches qui me regardent. Perplexes. Indécises, elles aussi. Feuilles tendres au vert de printemps. Merle moqueur, rouge-gorge, pinson. Où suis-je ? France. 
 
Caprices du temps
Écrit par Nath   
30-05-2008
Voilà. Le temps s’est assombrit. Il pleut. Lourds nuages qui s’accumulent et pleurent le long des fenêtres. Eclairs qui zèbrent le ciel. Bruit sourd. L’orage est là, violent et humide. Le soleil s’est définitivement couché pour aujourd’hui. Accalmie de quelques heures pour nous réchauffer le cœur.

Caprices du temps.

Je regarde dormir paisiblement ma Toutoune au poil doux. Les pattes en l’air. Les babines qui pendent. Elle rêve de courses effrénées. Ses griffes s’agitent silencieusement et fendent l’air. Yeux clos elle respire fort et lance de petits cris pointus. Dodo ma toute Belle, il pleut au dehors.

Caprices du temps.
 
 

J’imagine mon Tendre Bout de Femme, trois ans presque et demi, s’ébrouant sous le préau. Récré mouillée. Goûter détrempé. Quel dommage ! Bientôt j’irai la chercher. Baiser doux sur le front et sourire baleine. Grandes dents qui grignotent bouille de clown. Elle s’esclaffe !

Caprices du temps.

Mon z’homme se penche à l’instant sur son clavier et m’envoie signe : « je t’aime » s’illumine sur mon écran. Tout au long de la journée on communique, on critique, on rêve lyrique. Toujours reliés l’un à l’autre. Câbles serrés doigts contre claviers.

Caprices du temps.

L’eau se déchaine en gouttes ravageuses. Le noir envahit ma chambre. Noé viendra-t-il avec son Arche pour me sauver ?

Il est temps de vous laisser. Connexion coupée. Exit. 
 
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