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Écrit par Nath
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10-04-2008 |
Coupe. Couleur. Brushing.
Elle est là, plantée derrière le miroir qui se joue de son profile. Silhouette fragile, sombre, yeux rieurs. Je la regarde. Ses mains touchent. Palpent. Cisaillent. Les lames virevoltent. Mèches qui tombent. Silence sur le carrelage noir. Obscur. Mort. Coup du sort. Sans effort. Gestes précis. Incisifs. Couic ! Le tranchant ne s’embarrasse pas de futilités.
Assise sage. Presque condamnée à subir valse acérée. Sentiment fébrile. Je n’aime pas. Séance obligée pour cheveux à scinder. Je détourne mon œil triste. Ferme boutique sur le reflet. Introspection. Voyage intérieur. Je suis ailleurs. Loin du coiffeur. Mon image se dépeint. Aquarelle sur fond d’huile. Coule. Mascara détresse. Trace de peine sur la glace. Embastillée de cette femme qui ne me ressemble plus. Outrages du temps. Rides, cernes, rondeurs. L’inacceptable s’est emparé de moi. Bouille de poisson lune. Où sont mes années rock & roll ? Pourtant je résiste : tatouages, piercing, teinture théâtre, vêtements noirs… Mais la graisse m’envahit. Inexorablement.
30 kilos ! Lourd verdict à payer pour ces stress passés. Régime ? Mot inconnu, éperdu, incongru. J’aime manger. Sucré. Salé. Ronde. Le choix n’y est pour rien. Je pleure la fatalité. Lamentations qui se perdent en labyrinthes. Réflexion. Miroir qui me renvoit au néant.
M’oublier. Ne plus penser. Souvenirs en berne. Drapeaux noirs qui plient et dansent sous le vent. Je voudrais être Ange. Me perdre dans les nuages. Jouer de mes ailes. Retrouver mon corps. 20 ans. Belle à croquer. Croquer cette vie. Vie dévastée. Le bonheur me rattrape. A pas de loup. Garou. Pas si doux. Amer. Étincelle apprivoisée : mon z’homme. Ses yeux me trouvent jolie. Je m’accroche à ses deux saphirs. Chanson douce.
Voilà. J’ouvre les yeux sur mon reflet. Dents blanches pour ne pas dévoiler la déception. Je suis toujours là : bouille de ballon. Bulle froide qui me gobe. Le travail est bien fait. C’est la cliente qui se désagrège devant le spectacle. Aspirée devant la vérité nue. L’artificiel ne masque pas l’essentiel. Pensées vaines d’une existence heureuse mais d’une apparence trompeuse. Je ne suis plus moi.
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Phrase très juste...
On est toujours soi au-delà du corps...